Coup d’un Soir – BlacKkKlansman, J’ai infiltré le Ku Klux Klan (2018)

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BlacKkKlansman, J’ai infiltré le Ku Klux Klan

Noir c’est noir, il y a encore de l’espoir

De Spike Lee, Avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier – 2018


Lorsque le film se termine et que le générique débute, je reste le cul fixé sur mon fauteuil sans pouvoir bouger. Tu vois ce petit état post-traumatique ? Où tu ne penses plus à rien, ton cerveau affichant encéphalogramme plat, moments qui sont un mélange de kiff ultime, pour le silence et la paix qui règnent encore dans la salle pour quelques instants, et de manque mélancolique, manque d’images, de musique plein les oreilles et des personnages que t’as suivi pendant deux heures. Ou alors c’est p’têt juste moi qui suis zarb. N’empêche que ça fait du bien ce moment de calme. Comme si le seul but de ce long défilement de tout petits noms ne servait pas à t’apprendre que Pierrot était à l’éclairage, Michel à la peinture ou Roger en train de servir la bouffe à la cantoche, non non. Mais est-ce que ça ne servirait pas plutôt à te remercier, en te permettant de rester encore quelques instants dans ce monde que tu viens de quitter et d’émerger doucement ? Honnêtement, je ne m’attendais pas vraiment à être dans cet état pour ce film – je ne venais pas pour ça – mais j’ai été assez agréablement surpris. Tant mieux, non ? Explication.

Ron Stallworth (John David Washington) est le premier flic afro-américain de la ville de Colorado Springs en 1978. Après avoir vu une annonce dans le journal local pour rejoindre le Ku Klux Klan, l’organisation suprémaciste blanche, Ron décide d’infiltrer ce groupuscule en se faisant passer pour un des leurs. Lui derrière son téléphone, et son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver) en face à face avec les membres du KKK, Ron veut être le premier noir à infiltrer leurs rangs…

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Le scénario est tiré d’une histoire vraie, et se dire que ce mec, un peu barré, a réussi à berner une bande de racistes aux propos absolument horribles (et le film ne se gêne pas pour en caser le plus possible) est quand même génial. Donc sur ce point-là on prend pas trop de risques, avec un pitch pareil tu peux être à peu près sur que ça va marcher du feu de dieu en ce moment (résultat, un Grand Prix au Festival de Cannes), et j’avoue que dans les grandes lignes, ça marche.

Ça marche surtout grâce à une énorme dose d’humour qui vient désamorcer tout ce qui pourrait n’être finalement qu’un flot d’insultes racistes, misogynes et antisémites (ce serait dommage de se priver tu me diras). Les suprémacistes sont assez vite tournés au ridicule et, même si certains sont carrément flippant, on a quand même un peu de mal à les prendre au sérieux. En face, les policiers sont les bons gars, toujours en train de se claquer les cuisses quand l’occasion se présente. Trop peut-être ?

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Je me suis fait cette réflexion car, au premier abord, tout semble incroyablement simple dans la vie de ce flic. Il débarque au centre de police et est engagé en quarante secondes. D’abord coltiné derrière les archives, il demande à passer détective et au bout de deux jours, c’est acté. Il décroche son téléphone et se met en tête d’appeler le KKK (sans trop que l’on ne sache pourquoi…), et le voilà qui passe pour un raciste de première classe après quelques appels. Bref, tout s’ensuit sans beaucoup de suspense et avec pas mal de facilités, pour un final…bon qui m’a personnellement laissé dubitatif.

Sans te spoiler, ce qui leur paraît être une victoire de dingue pour ces gars, ben quand on y réfléchi, y’a pas eu grand-chose de fait. Alors qu’il y avait de l’enjeu : en plus d’être bien intégré dans le Klan, Ron et Flip vont entrer en contact avec sa tête pensante et Grand Manitou, David Duke en personne. Mais l’histoire s’arrête là, ce qui est un peu BlacKkKlansman 2dommage. De même, la façon dont le film choisit de dépeindre l’affrontement entre ces deux communautés est un peu manichéen (quand je sors les mots de trois syllabes c’est que ça devient sérieux), méchant blancs et gentils noirs.

En vrai, je me doute bien que tout est loin d’être aussi facile, aussi bien hier qu’aujourd’hui. Cependant le film ne dépasse jamais ce stade, et se fait même un plaisir de nous répéter à tour de bras : « Mais réveille-toi !!! » À propos de quoi ? La même chose qui préoccupe la moitié de l’Amérique depuis le mois de novembre 2016 : Donald Trump !

J’avoue quand dans un premier temps j’ai trouvé ça pas vraiment vraiment subtil. Ou alors, une subtilité à la Kev Adams (oxymore). Ron va être amené à se faire la réflexion suivante lorsqu’on lui parle de David Duke : « Les américains n’éliraient jamais quelqu’un comme lui à la présidence ! ». Ben voyons. Un bon raciste misogyne bien blanc à la tête de l’état ? Non non, on parle pas du tout de Donald !

BlacKkKlansmanEt comme si cela ne suffisait pas, le film s’ouvre sur un discours d’un suprémaciste joué par…Alec Baldwin ! Depuis deux ans maintenant cet acteur américain est devenu l’imitateur number one aux Etats-Unis de Trump (et c’est à se pisser dessus, en lien une vidéo (bon par contre c’est en anglais…)). À vouloir trop en faire ça en devient grossier et le message que le réalisateur a voulu faire passer s’en trouve dégradé. Donc à force, j’étais assez imperméable à tous ces dialogues…jusqu’aux dernières secondes, et le retour (assez brutal) à la réalité.

Si tu veux savoir ce qu’on y voit c’est assez facile, c’est marqué sur la page Wikipédia du film, rien n’est caché. Si tu veux garder la surprise je ne dis rien. J’avais été à demi-spoilé sur cette fin mais à voir en vrai les vidéos de cet événement assez récent pour, je crois la première fois, ben ça fait quand même un petit quelque chose. C’est assez juste et vrai, peut-être un peu grossièrement encore une fois, mais j’en reviens à ce que je disais au début, ça marche. Le genre de fin dont on se souvient, qui te dit, encore une fois de te réveiller. Et voilà la salle qui se rallume, il est temps de se lever…

Conclusion : 7/10

Un bon film dans l’ensemble dont les dernières scènes sont marquantes, mais qui aurait mérité d’être un peu plus nuancé dans ses propos et d’aller, pourquoi pas, plus loin dans la fiction.


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