Plan Culte – 12 Hommes en Colère (1957)

12 Hommes en Colère 1

12 Hommes en Colère

Ma liberté de douter

De Sidney Lumet, Avec Henry Fonda…et 11 autres – 1957


Douze Hommes en Colère, c’est le genre de film dont j’ai longtemps entendu parler, lors d’un détour à la télé, à la radio ou dans les magazines. Le film dont tu vois le nom revenir tant de fois que tu te doutes bien qu’il doit y avoir quelque chose de spécial pour qu’on en parle autant, mais sans jamais avoir le courage, ou finalement l’envie, de mettre la machine en œuvre pour le regarder. C’est vrai qu’en plus, taper dans Google « 12 hommes en colère streaming », trouver un lien et lancer la vidéo, ça peut vite prendre au moins…20 secondes ! Non j’déconne faut pas faire ça c’est pas bien. Faut que t’ailles à la Fnac ou sur Lacinetek.com (bon il est pas encore disponible là-dessus mais j’espère qu’il le sera rapidement) pour l’acheter et pouvoir en profiter. Plusieurs fois. Parce que c’est le genre de film qu’on peut voir, revoir et rerevoir pour ses acteurs, ses dialogues, son histoire, sa mise en scène, sa tension, ses rebondissements, son dénouement, bref, tout car, et je le dis pas souvent, c’est un chef d’œuvre ! Explication.

Dans une salle d’un tribunal, douze hommes sont réunis autour d’une table pour délibérer du procès d’un jeune homme, accusé d’avoir tué son père à coups de couteaux. Tous sont absolument convaincus de la culpabilité du garçon, tous sauf le juré n°8 (Henry Fonda). Or, le vote doit être unanime pour être accepté. Ayant des doutes sur ce qu’il vient d’être démontré lors des audiences, il va essayer de s’expliquer et de convaincre les autres jurés de remettre en question leur jugement.

12 Hommes en Colère 2

Ce film, c’est un huis-clos à la sauce tragédie grecque, avec la bonne règle des trois unités qu’on a tous retenu du collège : unité de temps, le film se déroulant quasi en temps réel pendant 1h30 ; de lieu, les jurés ne quittant pas la pièce dans laquelle ils sont installés ; et d’action, tout le suspense du film reposant sur ce qu’ils vont décider : coupable ou non coupable. Alors on est tout de suite d’accord sur le fait que les tragédies grecques, niveau poilade on a fait mieux. Même rien que niveau évitage de l’ennui, on a fait mieux (j’ai encore des souvenirs douloureux de cette cruche de Bérénice qui nous fait tout un binz entre Titus et Antiochus, l’un qui l’aime et qu’elle aime, puis l’autre qui l’aime aussi, mais en fait celui qu’elle aime ne veut plus d’elle et elle ne veut pas non plus de l’autre qui l’aime, bref la meuf est en bad total et finit toute seule dans son coin, TOUT ÇA POUR ÇA !!!)

Donc niveau pirouettes et contrepèteries, compte pas non plus sur ce film parce que y’a pas bien grand-chose de drôle. Après y avoir réfléchi, je crois que je le qualifierais plus de tragédie judiciaire, si ça veut encore dire quelque chose. Ce qui se passe ici, c’est d’un côté une lutte, un combat de mots et d’idées entre douze hommes pour faire l’un des choix le plus important de leur vie, la vie ou la mort d’un homme ; et de l’autre une véritable contre-enquête et remise en question de ce qu’ils ont vus et compris, ou plutôt ce qu’ils ont crus voir et crus comprendre.

12 Hommes en Colère 5

Les premières minutes du film placent le contexte. Un juge, las de répéter pour la cinquantième fois le même speech, met en garde les jurés d’un procès dont les sessions viennent de se terminer : « vous voilà face à une très grande responsabilité. » On sait à qui tu as piqué ta réplique Oncle Ben (non, pas celui du riz, celui de Spiderman) Dans les rangs de l’accusation, un gamin de 18 ans dont on peut voir le visage pendant quelques secondes avant qu’ils ne se retirent. Pendant ces premières minutes, j’ai eu un peu peur de me retrouver devant un film finalement assez chiant où tout ce que l’on verrait, ce serait des gars blablater et s’engueuler.

En effet, une fois tous rentrés dans la salle, après avoir compris que dehors il faut chaud et beau, vient le premier vote pour décider de l’issu du procès. Résultat : 11 coupables et 1 non coupable. « Evidemment, il en faut toujours un ! » Ben oui, heureusement que y’en a un, sinon le film serait vachement plus court ! Avec un discours un poil trop patriote à 12 Hommes en Colère 7mon goût (mais bon, c’est les US !), le personnage d’Henry Fonda se permet, non pas de penser que le garçon est innocent, mais d’émettre juste un doute légitime.

Après tout, avant de l’envoyer se faire frire sur la chaise, on peut bien prendre 5 minutes pour en discuter, non ? On va comprendre comment s’est déroulé le procès à mesure que les autres membres du jury essayent de le convaincre : les témoignages des voisins, le mobile, l’arme du crime, pas d’alibi, à vue de nez tout semble simple, emballé c’est pesé il est coupable ! Oui mais…et c’est à ce moment que PAF ça fait des Chocapic la magie opère et l’on se retrouve pris dans l’engrenage. De détails en reconstitution, tout le déroulé des 6 jours de procès va être revu et corrigé dans cette pièce.

Plus qu’un débat, c’est une enquête, non pas sur ce qui s’est réellement passé, mais sur ce qui a été montré lors des audiences où les évidences semblaient accablantes. Et si l’arme du crime n’était finalement pas la même que celle que le suspect venait d’acheter ? C’est improbable ? Oui. Mais est-ce que c’est tout de même possible ?

12 Hommes en Colère 4

L’enjeu du film à partir de ce moment, va être pour le personnage d’Henry Fonda d’être capable de distiller ce doute qu’il a dans l’esprit dans celui des autres membres du jury. À mesure que les échanges avancent et que d’autre rejoignent son avis, la tension monte dans la pièce, aussi bien dans les cris que dans la chaleur qui devient de plus en plus pesante et oppressante, pour eux comme pour nous. On est littéralement coincé avec eux dans cette pièce qui semble de plus en plus petite.

Les dialogues et les rebondissements de dingue rendent le suspense vraiment intense, nous faisant pencher à notre tour entre coupable ou non. Ce qui est très juste dans ce que veut nous faire comprendre le film, c’est, ironiquement, l’injustice du système, où la défense du gamin était clairement incompétente.

Pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir les services d’un avocat et sont alors 12 Hommes en Colère 3représentés par des commis d’offices n’ayant ni forcément le temps, les moyens ou même l’envie de s’occuper de certains cas, pour tous ceux-là l’équité du procès semble loin d’être garantie. Même 60 ans après, ce message reste toujours d’actualité et le film n’a pas pris une seule ride. La seule différence que l’on aurait aujourd’hui dans cette salle, hormis les cigarettes à tout bout de champ et la mode (sexy) de la chemise dans le pantalon, ce serait la présence de femmes. Mais sachant qu’en 1957, les femmes ne seront pas autorisées à pratiquer elle-même le droit avant encore une quinzaine d’années…bon voilà, fais pas non plus genre que t’es surpris.

Ces hommes, justement. Je sais pas si t’as remarqué, mais depuis le début je dis « le personnage d’Henry Fonda ». Pas de noms, juste des numéros, leur numéro de juré. En rentrant dans cette salle, ils sont censés ne plus avoir d’identité, d’origine ou de religion, en bref perdre leurs préjugés pour ne juger que les faits et non pas la personne. Pour la suite, je vais l’appeler José, ce sera plus simple (et plus drôle). Tu te doutes bien que c’est loin d’être aussi simple et c’est d’ailleurs toute la question quand on voit la colère des hommes, déclenché par le doute de José.

12 Hommes en Colère 6

Deux jurés en particulier sont les plus fervents défenseurs de la thèse coupable, tous deux ayant complètement occultés les faits pour se concentrer sur le portrait du gamin, qu’on devine d’origine étrangère et vivant dans les quartiers pauvres. On atteint avec eux les deux plus belles scènes du film, je n’en dirais pas plus pour ne pas te gâcher la surprise, mais qui culminent au sommet de la tension d’une façon sublime. On attend nous aussi, d’être enfin libéré de cet étau qui serre la poitrine, comme tous ces jurés à l’écran. En sortant, on s’échange les noms, on redevient des hommes, puis on se salue. Libre…ou pas ?

Conclusion : Un très grand film au suspense insoutenable et dont le message sonne toujours juste 60 ans après.


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s