Plan Culte – La Nuit du Chasseur (1955)

Affiche

La Nuit du Chasseur

Douce nuit, Sainte nuit !

De Charles Laughton, Avec Robert Mitchum, Shelley Winters – 1955


Alors non, j’te rassure, j’vais pas te parler de la dernière soirée de Dominique Strauss Kahn, ni non plus te faire l’historique de l’utilisation des rifles 22 au cours du 18ème siècle chez les Papous. Quoique à un moment, y’a un fusil. Et un chasseur qui préfère poursuivre les petits enfants que les perdrix ou les sangliers (même si ça fait autant de bruit (et de dégâts)). La Nuit du Chasseur est typiquement le genre de vieux film en noir et blanc dont j’ai entendu le nom ça et là, sans savoir de quoi il s’agissait. Et puis voilà qu’un soir, au détour d’un zapping, il m’apparaît tel l’ange Gabriel à Marie et je me dis que c’est le moment de mater ce soi-disant film culte. En résumé, une histoire sans temps mort, une lumière absolument sublime pour un film monochrome et surtout, un méchant trèèèèèèèès méchant. À en faire faire des cauchemars aux petits enfants. Les anglais l’ont classé dans le top 10 des films à montrer à voir avant d’avoir 14 ans. Euuuuuuuh comment dire…mauvaise idée. Sauf si tu veux t’engager pour une thérapie de 28 ans après ça. Explication.

Dans les années 1930, avant d’être incarcéré et condamné à mort pour vol et meurtre, le père de John et Pearl leur a confié son butin dont ils ne doivent révéler l’emplacement à personne. Une fois pendu, le prêcheur Harry Powell (Robert Mitchum) qui travaillait au pénitencier décide de rendre visite à sa famille afin d’apporter un peu de réconfort à la mère de famille (Shelley Winters). Cependant, celui-ci est au courant du secret et est bien décidé à faire avouer les enfants quant à la cachette de l’argent…

La Nuit du Chasseur5

Si François Fillon est capable de faire des cauchemars, je suis à peu près sûr qu’ils doivent ressembler à ce film : lui et Pénélope enfants, poursuivis par un grand méchant (du cabinet) noir, lui criant « RENDS L’ARGENT ! » Remarque à part, il l’a toujours pas rendu l’argent, si ? Voilà donc le pitch du film une fois la première partie passée. Ce qui m’a surpris, c’est par la vitesse à laquelle celui-ci avance. Tous les plans sont très serrés, comme coupés à la hache ou au canif du antihéros, passant de la présentation de notre méchant à l’emprisonnement du père puis à sa pendaison d’une façon chirurgicale. Je me retrouve souvent à regretter le manque de rythme dans les vieux films (surtout les films français, qui n’est pas mort d’ennui durant l’interminaaaaaaaable scène de course poursuite de Fantomas !) et pour une fois que ce n’est pas le cas, j’en parle ! Globalement le premier et le dernier tiers sont assez similaires dans la construction et je ne me suis pas ennuyé une seconde. C’est peut-être dû aussi au fait que pendant ces parties, le personnage de Mitchum est à l’écran et me captive comme je l’ai rarement été par un méchant.

La Nuit du Chasseur1

On n’a jamais fini de se faire dépuceler au cinoche, il y aura toujours de nouveaux acteurs/scénaristes/réalisateurs inconnus à découvrir, à tel point que ça en devient presque épuisant de vouloir rester à jour. Et c’est encore pire avec les séries ! Au moins, avec les morts, c’est plus simple : ils ont fait, on a vu, et c’est fini. Tout ça pour dire quoi, tout ça pour dire que c’est le premier film de Robert Mitchum que je vois. D’ailleurs, pourquoi qu’il était connu M. Mitchum ? Quand j’te disais que j’étais loin d’être l’expert de l’année j’te mentais pas ! Selon quelques informations glanées sur l’internet mondial, Mitchum fut l’un des acteurs emblématiques de la vague des films noirs des années 40 et 50, reconnu principalement par sa gueule sombre et dure, celle d’un homme, un vrai.

Bon voilà, maintenant que j’ai copié/collé/adapté quelques mots de sa fiche Wikipédia shame on me oui oui mais bon vu que t’allais pas le faire t’es bien content que je le fasse nan Gaëtan ?, après tout ça quelque mots sur lui dans ce film. Hypnotique. Et flippant. C’est déjà beaucoup. Avec sa grosse voix enjôleuse et ses mains tatoués des mots « LOVE » et « HATE », c’est une force tranquille qui veut et sait se faire aimer des adultes mais dont John, le fils, se méfie très rapidement. Il est pas con le gamin, surement le moins con du village et il voit bien que lorsque ce prêcheur arrive pour séduire sa mère, veuve depuis que son ex-mari a été pendu, il ne vient pas juste pour ses beaux yeux.

La Nuit du Chasseur4

Nous aussi faut dire qu’on a été prévenu que son arrivée, ben ça allait sentir le caca pour notre petite famille. À peine prononce-t-on son nom « le prêcheur arrive » que le plan d’après nous montre une locomotive noire monstrueuse nous foncer dessus avec une musique de l’enfer, toute en tambour et en trompette. C’est le diable qui débarque, habillé en suppôt de Jésus. En vrai je vois débarquer un mec comme ça, avec un chapeau plat à larges bords noir immense et une ombre aussi effrayante, jamais je le laisse entrer chez moi. Tout l’inverse de tous les habitants du village, y compris la mère de John et Pearl qui tombe bizarrement sous son charme (bon et puis aussi 1930, si t’as pas de mari t’as rien compris). Il lui suffit juste de ça pour que son vrai visage se révèle.

« Les ennnnnnnnnnnnnnnnnnnnfants ! » Là je me barre en courant. Très vite livrés à eux-mêmes, les pauvres gamins vont devoir fuir devant la menace que représente Harry Powell. Lorsqu’ils tentent enfin de s’enfuir en le La Nuit du Chasseur2piégeant dans la cave, j’ai eu une montée de stress comme rarement mais vas-y bordel oui allez fonce oui OUI COURS COURS !!!!!!!!!!!!!!!!!! Aucun repos ne nous est accordé, pas plus qu’aux enfants qui doivent toujours surveiller au loin si l’ombre inquiétante n’apparaît pas sur son cheval. Je parlais de lumière sublime au départ, c’est encore plus le cas dans cette partie de course poursuite où j’ai eu l’impression parfois d’être en face d’un dessin animé très graphique, qui brouille les limites entre le jour et la nuit. Absolument aucun répit.

Plus que son histoire, qui reste après tout un thriller classique, c’est la mise en scène que je retiens. En plus de ces jeux de clair-obscur incroyables, certains plans sont filmés à la manière d’une pièce de théâtre, rendant le tout encore plus dramatique qu’il ne l’estLa Nuit du Chasseur3 déjà. Cette esthétique le rend vraiment très agréable à regarder, même 60 années après sa sortie. Ce qui a le plus vieilli, c’est en revanche tous ces discours bibliques qui sont un peu trop présents et oppressants à mon goût. Vade Retro Viseur et tutti quanti, il n’est pas impossible que mon attention ait pu baisser pendant ces quelques moments. Mais je n’ai jamais dit qu’on avait pas le droit d’avoir de moment de faiblesse, je pardonne ces offenses comme je pardonne à tous les mauvais films d’exister (sauf ceux de Kev Adams, ça par contre je peux pas).

Je ne sais pas si je l’aurais classé comme film culte si je n’avais pas entendu tout ce tintouin à son égard (mais que veux-tu, moi aussi je suis une âme faible et influente), après tout j’ai été captivé par ce méchant et ces enfants, mais un peu déçu par l’intrigue, comme je le disais classique. Je préfère être honnête, pas la peine de mentir, sinon le grand méchant va venir me punir…ah merde le voilà qui arrive, bon il ne me reste plus qu’à m’enfuir !

Conclusion : Un très bon thriller avec un méchant grandiose, le tout sublimé par une lumière magnifique…petit bémol sur le scénario un peu platounet mais c’est quand même très très bon !

 


4 réflexions sur “Plan Culte – La Nuit du Chasseur (1955)

  1. J’ai vu un film de ce genre au ciné Gaumont du coin.. Il y’a quoi 6 mois ? Un truc de famille qui migre au USA puis habite dans une maison hanté et un monstre y vit au grenier dont dans la cheminée a un trésor… J ai oublier le nom du film , mais l’histoire m’est revenu en lisant ton article…

    J'aime

  2. L’image en dessous de ce paragraphe : « le personnage de Mitchum est à l’écran et me captive comme je l’ai rarement été par un méchant » . Car la petite maison et le décors est un peu ça ; de la vieille clôture dans un pâturage perdu où les hautes herbes ne sont pas a ras. En plus y vit au bruit du fusil. Et les habillements vieillot un peu comme dans le secret de Marrowbone. Par contre tatouage en moins.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s