Coup d’un Soir – Mauvaises Herbes (2018)

Affiche

Mauvaises Herbes

Kids United (j’t’en ai mis une bonne là en plus)

De et avec Kheiron, Avec Catherine Deneuve, André Dussollier – 2018


Je n’envisageais pas faire de ce blog un truc qui suit l’actualité du ciné chaque semaine, parce que de un ben je pense pas avoir l’occasion d’aller si souvent que ça au cinéma de l’autre côté du globe (héhé bonne raison Gaston). Et de deux, je crois qu’il faut un peu de temps pour juger de la qualité d’un film, qu’il mûrisse un peu avant d’exploser. Oui t’as raison, un peu comme un panaris (bon goût du jour bonjour). Mais évidemment, chaque règle vient avec son exception donc je décide de te parler maintenant d’un film qui est sorti la semaine dernière et que je te conseille mille fois !

Pourquoi ? Parce qu’enfin le temps béni des bonnes comédies populaires est de retour, longtemps après le Sacrosaint Louis Funès. Ouaip, j’suis déjà un vieux réac’ à 24 ans. En même temps comprends-moi, mais quand je vois ces films tamponnés « komédy populèr » qui ne font rire que ceux qui les font lorsqu’ils voient qu’il y a toujours quelques millions de personnes prêts à payer pour voir des daubes pareilles…ben moi je ris jaune ! Sans les nommer *tousse les tuches tousse*, les massacres cinématographiques à base de pipi caca prout ont gagné beaucoup trop de terrain et il serait temps de désherber tout ça (en commençant par les cheveux de Kev Adams). Heureusement (aaaaaaaaamen), revoilà Kheiron pour son deuxième film à caser en haut des très bonnes comédies dramatiques françaises, pour ses vannes non-stop et ses personnages ultra attachants ! Explication.

Wael (Kheiron) vit dans une banlieue parisienne avec Monique (Catherine Deneuve), non pas d’amour et d’eau fraîche mais de faux plans dragues et d’arnaques au supermarché. L’opportunité d’arrêter ses embrouilles arrive lorsque Victor (Andrée Dussollier), un ami de cette dernière, lui offre un job d’éducateur pour des adolescents exclus du système scolaire à cause d’absences, d’insolences ou…de port d’arme. Wael va s’improviser surveillant de six gamins des quartiers, la rencontre entre pas mal de « mauvaises herbes » …

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Kheiron, c’est le mec que tu as pu voir dans Bref (il jouait…Kheiron), au Jamel Comedy Club, ou encore (et surtout !) dans son premier film, Nous Trois ou Rien. Ce film, si tu ne l’as pas vu, c’est une bombe, un bijou d’humour et de tendresse, une merveille, un coup de cœur immennnnnnnse, bref, si tu l’as pas vu, VOIS LE ! (ou toile c’est comme tu le sens (oui je sais c’est nul)). Le pitch rapidement, Kheiron joue avec Leïla Bekhti le rôle de ses propres parents, des Iraniens militants pour la démocratie, qui ont dû fuir leur petit village dans les années 80 pour ne pas subir de représailles. On suit leur vie en Iran puis leur fuite dangereuse et les premières années en France. J’en parlerais plus longuement un autre jour parce qu’il faudrait que je le revoie, ce film c’est un hommage bouleversant d’un fils à ses parents, c’est beau, poétique et à mourir de rire parce que Kheiron est un des meilleurs humoristes du moment. On aurait du parler de ce film mille fois plus que d’autres *tousse babysitting tousse* et je contribue à un petit un millionième avec ce petit paragraphe (qui commence à être sérieusement beaucoup trop long).

Revenons à nos moutons. Ou plutôt nos gamins. Comme le disais si bien Victor Hugo, « Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs. » Comment j’me la pète à citer du Hugo t’as vu wesh ? En fait j’ai tout piqué au film j’ai aucune valeur. Dans notre cas, les mauvaises herbes, c’est en grande partie eux. Six adolescents des quartiers chauds de Paris et qui doivent se taper pendant leurs vacances d’été des journées obligatoires de formation/débrouillardise/théâtre/balade (faut bien trouver de quoi les occuper) avec Wael. Enfin, obligatoires dans une certaine limite de…un jour, l’objectif du job étant de leur donner envie de revenir les jours suivants, le tout pour essayer de les détacher de la rue.

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Bon, si je dois mettre tout de suite les pieds dans ce qui fâche, pour moi l’histoire de l’association et de l’éducateur ben c’est pas vraiment crédible. Tu sais que ceux-là, en théorie, c’est pas les plus doux des agneaux, qu’ils vont de la 6ème à la 3ème dans un collège de 1500 gamins et pourtant, ils semblent tous se connaître et ne pas être si violents que ça. Pas au point de pointer un flingue sur la tempe de leur prof en tout cas (Popcorn & Sac à dos, premier sur l’info et l’actualité du mois dernier). Et juste pour savoir, tu leur parlais aux aux 3èmes quand t’étais en 6ème toi ? Perso non. Bon p’tet pas non plus hyper gênant, j’avoue.

L’autre point qui me chafouine c’est que Monique et Wael vont vouloir arnaquer comme par hasard la vieille connaissance en pleine galère qui cherche quelqu’un pour s’occuper de ses gosses le lendemain (son premier choix l’ayant laissé tomber la veille), et par la même occasion une secrétaire. J’suis bien d’accord qu’il faut un contexte à l’histoire mais je la trouve pas trop finaudement amenée…voilà donc Wael s’occupant des gamins. Question : qu’est-ce qu’il leur reste à faire aux deux vieux dans le collège vide ??? …en fait non, je me passerai des détails. C’est la partie du scénario la plus faible et la moins plausible selon moi, cette relation un peu inexpliquée entre Monique et Victor semblant toujours entre deux chaises (mais bon, je pardonne tout à Catherine Deneuve donc elle reste formidable).

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J’arrête ici avec ce qui m’a dérangé pour en venir à ce que j’ai adoré : les personnages ! (sauf Victor qui sert un peu à rien tu l’auras compris). En premier, le duo un peu bizzaroïde entre Wael et Monique est très réussi. On ne sait pas vraiment ce qui les relie mais on devine que c’est fort, il s’occupe d’elle en lui massant les pieds, elle s’occupe de lui en faisant capoter tous les entretiens de recrutement visant à remplacer Wael afin que celui-ci puisse garder son job, c’est un vrai couple en quelque sorte qui cuisine, pleure et danse ensemble, avec un dab mémorable de Catherine Deneuve.

Avec les enfants ensuite, dès la première scène où Wael les découvre complètement mutiques – ben ouais « on fait blocus en disant rien comme ça il partira tout seul ! » – l’arrosage automatique de vannes est activé. Les dialogues et les punchlines sont écrites et rythmées pour essayer de les dérider mais surtout pour nous dérider, et sur toi (si t’es comme moi!) je te garantis que c’est une vraie réussite ! C’est Kheiron qui lance l’offensive en s’attaquant à chaque gamin un par un avec un humour noir absolument horrible, pour essayer de les faire réagir, en mode stand-up face à son public. Une fois le cap franchi, on se rend compte qu’ils sont tous aussi bon que lui et ils deviennent à la fois cibles et bourreaux. Il y a une alchimie de dingue entre tous et ça donne vraiment très envie de les revoir tous ensemble !

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Je dis ça parce qu’il y a de la matière, et des choses à en raconter sur chacun d’eux. Un par un, on apprend leurs histoires, qui peuvent parfois sembler clichées (trafic de drogues, abus, insultes…) mais restent malheureusement crédibles et ancrées dans la réalité, Kheiron s’étant également inspiré de son histoire perso d’éducateur. Le temps passé sur chacun est peut-être un peu inégal (mais si on veut faire ça bien, on arrive sur un film de 2h), ce qui donnerait presque envie de les voir se détailler plus profondément dans d’autres films, ou même une série.

De même, on en apprend un peu sur l’histoire de Wael et Monique avec quelques flashbacks au long du film. La scène d’ouverture est centrée sur les origines de ce dernier : dans une séquence mais j’te jure, magnifiquement filmée, avec une musique d’une douceur inappropriée, on assiste au massacre terrifiant d’un village qu’on devine au Moyen-Orient. Seul survivant de l’horreur, caché sous son lit, un gamin de 3 ou 4 ans. Ce garçon, c’est LA perle du film, il est incroyable pendant tout le temps où l’on le suit, lors de ses errances dans les rues, sale et mendiant pour un bout de pain. Il m’a littéralement brisé le cœur, avec ses grands yeux bleus, son corps minuscule, si fragile et si seul dans la grande ville.

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On suit son parcours et ses rencontres qui font écho au présent et aux gamins que Wael a alors face à lui. Le contraste entre cette histoire très émouvante qui fait verser quelques larmes et l’humour du reste du film est très bien dosé, sans jamais tomber dans un pathos dégoulinant ni la blague potache ou graveleuse. C’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim, pour me rassasier, je m’en vais re-regarder Nous Trois ou Rien et je te conseille de te plonger dans ces deux films au plus vite !

Conclusion : 9/10

Une excellente comédie française qui donne envie de croire encore et toujours au cinéma français !

 


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