Plan Culte – Le Lauréat (1967)

Affiche

Le Lauréat

And here’s to you Mrs Robinson

De Mike Nichols, Avec Dustin Hoffman, Anne Bancroft, Katharine Ross – 1967


Je te parlais la semaine dernière de (500) Jours Ensemble, une comédie dramatico-romantique (tu le sais maintenant que tu l’as vu, sur mes bons conseils avisés !) et tu as surement dû apercevoir, au milieu de toute cette effusion de joie, de bonheur et de tristesse, nos deux héros au cinéma. Pendant quelques secondes est diffusée sur l’écran la scène finale d’un film mythique (je te rassure, je ne savais pas non plus qu’il était mythique avant que je ne me renseigne) ; il s’agit du Lauréat. Cette mise en abyme est très subtile car ce que Tom et Summer peuvent voir dans les yeux des personnages qu’ils regardent, on peut l’observer également dans leurs propres regards. J’t’ai perdu ? Fallait suivre (puis c’est une mise en abyme donc tu devines, l’un dans l’autre tout ça tout ça, souvient toi de tes cours de français de cinquième bordel). J’ai regardé depuis ce film (il passait à la télé l’autre soir donc ça valait le coup !) et j’ai découvert une ballade sympathique sous les airs de Simon & Garfunkel, au pays de l’adultère et des amours de jeunesse. Tout un programme donc, and here’s to you Mrs Robinson ! Explication.

Benjamin Braddock (Dustin Hoffman), jeune diplômé étant retourné vivre chez ses parents pour l’été, se fait aborder assez franchement par Mrs Robinson (Anne Bancroft), la femme de l’associé de son père. Très gêné et timide au départ, Benjamin va découvrir un autre monde sous les draps de sa maîtresse, jusqu’à ce que la très belle Elaine (Katharine Ross), la fille de Mrs Robinson, revienne passer quelques jours chez ses parents…

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C’était le hasard du calendrier qui a fait ça mais je trouve que ça tombe plutôt bien de pouvoir lier comme ça étrangement deux films. Bon, ici j’avoue qu’on est quand même loin de la comédie romantique classique (quoique), et surtout pour l’époque où, à sa sortie, personne ne croyait à ce film. Beaucoup trop osé, avec un héros séduisant la fille, mais surtout la mère alcoolique et un peu psychopathe sur les bords, même Jeanne Moreau a refusé le rôle de Mrs Robinson ! Résultat : 100 millions de dollars aux US (pour 3 millions de budget), une nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour Dustin Hoffman (jusque-là inconnu (il n’a que 30 ans)) et l’Oscar du meilleur réalisateur pour Mike Nichols. Et surtout (quand même !), tu le connais FORCEMENT toi aussi sans le connaître (j’te jure !), à cause de sa bande originale, réalisé par Simon et Garfunkel, avec ces deux titres ultimes :

The Sound of Silence & Mrs. Robinson

Ah boooooooooooooooon ?!?! Ouaip ! Hello darkness my old friend, viens voir cette fameuse Mrs Robinson dont tu as entendu parler toute ta vie sans savoir qui c’était ! Au moment du tournage, le réalisateur était obsédé par le duo et voulait absolument les avoir dans sa BO. Un peu à reculons, ils ont accepté d’écrire deux trois chansons et après quelques essais peu concluants, Paul Simon annonça qu’il avait peut-être une chanson qui pourrait convenir, parlant des années passées et notamment de Mrs Roosevelt (la femme de Mr Roosevelt dah), mais qu’elle n’était pas encore terminée. Mike Nichols suggéra alors de changer juste le nom en Robinson, et voilà !

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Ça t’as plu cette petite minute culturelle ? T’façon j’m’en fous si t’es pas content c’est pareil. Et si je te parlais du film en lui-même ? Ce serait p’tet bien de commencer ! En résumé, j’ai trouvé ça étonnamment jeune et libéré pour un aussi vieux film. On la sent bien cette influence du vieux monde, pas juste à cause des vieilles décapotables qui font rêver ou des cabines téléphoniques, je pense plus à cette façon chez les parents de voir l’avenir (« il y a un grand avenir pour le plastique ! » ahah oui oui bien sûr t’as tout bon Gaston) ou de concevoir la vie à deux, mariés, la maison, les enfants. Il n’empêche qu’au milieu de tout ça, Mrs Robinson, dont le mariage complètement raté l’a fait sombrer dans l’alcool et dans les jeunes hommes à vampiriser, donne un coup dans le  de jeune à l’ambiance du film.

MV5BNTQ4NzM2OTY0M15BMl5BanBnXkFtZTgwMjQ0NzUyMTI@._V1_.jpgOn ne divorce pas (ô grand dieu jésus marie joseph non non), on se contente de trouver, tiens par exemple, Benjamin qui revient par là et qui est plutôt pas mal. « Mrs Robinson, ne seriez-vous pas en train de me séduire ? » Les premières interactions entre les deux personnages sont vraiment très drôles, entre lui gêné, qui bégaye et rougit comme une feuille d’automne ; et elle, avec sa voie grave et posée, imposante et très entreprenante. Dans une scène culte, elle est complètement nue face à lui et celui-ci n’ose la regarder que par bribes, en jetant furtivement des coups d’œil. Pour nous, tac un sein, tac une hanche, tac l’autre sein, des images subliminales de son corps, sous le choc et la timidité on n’ose pas regarder non plus.

L’homme timide qui jusque-là se laisser porter (comme dans la première scène du film où il avance sur le tapis roulant d’un aéroport tandis que les autres gens marchent à côté), va très vite devenir un amant passionné et avec un montage astucieux, on alterne entre ses scènes de coucherie et la vie avec ses parents. Toute cette première partie est assez sympathique, Dustin Hoffman est excellent quelle que soit la casquette qu’il doit porter et Anne Bancroft a l’air de s’amuser avec lui comme on s’amuserait de lancer une baballe à un chienchien.

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Tout change lorsque les parents de Benjamin le forcent à rencontrer la fille des Robinson, après s’être désespéré que leur fils sorte en cachette tous les soirs. Premier affrontement entre Benjamin et Mrs Robinson qui l’interdit de voir sa fille et évidemment ce qui devait arriver arriva : rencontre des jeunes, premier regard, premier baiser, et un triangle amoureux bien bordélique ! Il se libère enfin complètement le petit garçon bien gentillet, entre la passion secrète pour la mère et le premier amour de jeunesse pour la fille. Mais il va falloir faire un choix et toute la deuxième partie de film va permettre à Benjamin d’affirmer justement son choix. Ce que j’ai trouvé dommage à ce moment c’est que le film perde le rythme assez soutenu qu’il avait jusque-là pour devenir plus mélancolique, avec des plans plus longs sur le désespoir de notre héros. Il faudra attendre le dernier quart d’heure pour que tout explose avec une conclusion épique pour un film romantique.

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Bien avant Kingsman (qui garde quand même la palme dans ce cas-là), sacrilège dans l’église avec une scène de baston géniale ! Ça balance des baffes, des coups de pieds dans le ventre et des coups de croix dans la tête, tout part en vrille chez les Robinson jusqu’à cette fuite, course folle pour échapper à la foule, et sauter dans le premier bus qui vient. Reprise dans quelques films (dont (500) Jours Ensemble), cette fin a aussi été parodié par les maîtres de l’art : les Simpsons ! Si c’est pas de la reconnaissance internationale ça. Normale en même temps, elle est magnifique, elle donne un coup de fouet à tout ce puritanisme américain en disant aux jeunes de croire en ce qu’ils aiment et de foncer jusqu’au bout !

En tout cas, c’est ce que je préfère en retenir car en même temps que le film se termine, une petite ombre passe sur les visages, et quelques mots résonnent : « hello darkness my old friend » …encore toi décidément. Et si finalement tout n’était pas si simple ? Bon, j’m’en fiche, restons positif, je garde moi mon diplôme d’insouciance et de joie de vivre !

Conclusion : Une comédie dramatique originale et enivrante sur fond de musique pop, avec une fin sublime qui donne aussi envie de s’enfuir en courant au loin !


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