Coup d’un Soir – Dans la Maison (2012)

Affiche

Dans la Maison

Écrire à perdre la raison

De François Ozon, Avec Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas – 2012


Je ne me souvenais plus, avant de revoir ce film, que c’était là que j’avais entendu pour la première fois la meilleure définition possible de ce que doit être une fin. Cela s’applique aussi bien à un film qu’à un roman ou une pièce de théâtre et c’est Fabrice Luchini qui pose le concept en ces quelques mots :

« Tu sais ce que c’est le secret d’une bonne fin ? Il faut que le lecteur se dise ‘’ je ne m’attendais pas à ça, et en même temps ça ne pouvait pas finir autrement ‘’ »

Mais oui c’est ça ! Tout simplement ! Maintenant j’essaye de voir si ça fonctionne à chaque fois (quand je suis objectif), est-ce que je suis surpris mais tout de même convaincu par la fin ? Par exemple, Black Swan, Cyrano de Bergerac pour ne pas y revenir (justement paf, j’y reviens !) mais aussi Inception ou même Le Dîner de Cons, ça marche super bien ! On ne s’y attend pas à ce qu’il fasse la connerie de décrocher ce téléphone, mais quand on y repense, c’était obligé qu’il en fasse une dernière, et perso ça me fait toujours autant rire à chaque fois ! Bon ben là dommage, c’est quand même ironique que le film qui pose les bases d’une bonne fin, ne soit capable d’en délivrer une que moyennement satisfaisante…Explication.

Germain Germain (non, je ne me répète pas, c’est son vrai nom, joué par Fabrice Luchini) est prof de français au lycée Gustave Flaubert. Quelques jours après la rentrée, il est attiré par la copie de l’un de ses élèves. Claude (Ernst Umhauer) y raconte comment il est entré pour la première fois dans la maison de son camarade de classe Raphaël (Bastien Ughetto) et de ses parents Esther et Raphaël (Emmanuelle Seigner et Denis Ménochet). Germain va pousser Claude à continuer ses rédactions relatant son intrusion dans la famille des Rapha, sous l’œil un peu inquiet de sa femme Jeanne (Kristin Scott Thomas) …

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Oui je sais, y’en a du monde là-dedans, mais j’te rassure c’est moins confus que ça en a l’air. Ce film, c’est un peu un face à face de deux familles complètement différentes. D’un côté, Germain et sa femme Jeanne, respectivement prof et gérante d’une galerie d’art (dont on se fout royalement mais qui a le malheur de venir combler des trous dans l’intrigue), le couple bobo chic sans enfant. Autant j’aime beaucoup Kristin Scott Thomas et j’adoooooore Fabrice Luchini, autant les deux ensemble c’est pas folichon et pas très crédible. C’est peut-être le rôle qui veut ça mais on sent clairement une distance dans le couple.

De l’autre côté, c’est la famille des Raphas, caricature d’une « famille de la classe moyenne », avec le fils élève moyen à l’école, le père qui a un boulot de chauffeur qui ne lui plait pas, et la mère qui s’occupe de décorer sa maison. Ils sont tout de suite très attachants et touchants, car même s’ils ont le portrait de beaufs pas vraiment cultivés (en opposition aux Germains), ils sont vrais et très bien joués (notamment Dénis Ménochet dans le rôle du père, très émouvant malgré son physique de bête). Après en y repensant, je trouve que le clivage net qui sépare la famille « simple » mais vivante, et celle plus cultivée et guindée mais sans âme est un peu simplet. C’est déjà-vu et pas hyper intéressant, mais heureusement ce n’est pas non plus tout le sujet du film.

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Le lien entre ces deux familles c’est Claude, élève dans la classe de Germain et ami de Rapha fils. En cette rentrée, il veut s’investir en français et à l’occasion d’un devoir demandé par son professeur, va utiliser sa relation avec les Rapha comme point de départ de son récit. Ce qui n’était au départ qu’une simple rédaction va se transformer très rapidement (même un peu trop rapidement pour être réaliste) en cours particuliers entre Germain et Claude où ce premier lui demande d’écrire, de ré-écrire encore et toujours pour se perfectionner, car il a un don.

Cette relation entre le professeur et l’élève est le cœur du film, entre Luchini excellent en prof (personne ne parle de Flaubert ou Kafka comme lui) et ce garçon (qui n’a pas fait grand-chose de remarquable à part ce film), on a envie de savoir où ça va les mener d’être aussi proche. Il y a une vraie tension et un suspense dans l’histoire que va écrire Claude sur les Rapha, qui va avoir des répercussions de plus en plus importantes dans la vie de Germain. Et tu t’en doutes, ça va pas finir forcément pour le mieux, surtout quand Germain commence à voler des copies des contrôles de math à la demande de Claude…

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Au fond, il est malsain ce gamin. Bon déjà le fait de « s’infiltrer » comme il le fait dans cette famille pour écrire sur eux, le plus souvent en les tournant en ridicule, on en tient déjà un bon bout. Le père et le fils qui font tout ensemble sont montrés comme des beaufs sans attrait, le père parlant de la Chine comme s’il était un expert alors qu’il y a passé une semaine il y a une vingtaine d’années. Et Esther, la mère, « la femme qui s’ennuie le plus au monde », expose des aquarelles dans son couloir sans se poser la question de ce qu’elles représentent, comme si l’art était réservé à la classe supérieure (on retrouve ici ce que fait Jeanne).

Cette famille qui n’a finalement rien de spécial, devient intéressante et intrigante par la façon dont Claude les raconte, lui comme narrateur de ce qu’il se passe à l’écran. Germain va alors donner des directions à prendre, comment utiliser le fils ou comment décrire le père. Lui-même écrivain raté, il nous livre une leçon d’écriture plutôt convaincante et pose les bonnes questions de ce que doit être un récit (je te parlais de la fin plus tôt). Mais ce récit justement, ne fait pas forcément office de vérité. Les histoires de Claude sont convaincantes et donnent envie de connaître la suite, mais il va aller trop loin à un moment, ce qui va faire douter Germain du bien-fondé de sa démarche.

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C’est ce que ne cesse de lui répéter sa femme Jeanne. D’abord intriguée par les récits de ce garçon, que Germain lui fait lire tous les soirs, elle va vite le prévenir qu’il devient trop proche, au point qu’elle se demande s’il n’est pas amoureux de son élève comme il refuse de coucher avec elle. Et c’est un peu comme ça tous les jours, ou du moins j’ai eu cette impression que tout était finalement très procédurier et avait du mal à se renouveler. Je me suis un peu lassé à la moitié du film où les scènes commençaient à se ressembler et le comportement de Claude devenait de moins en moins crédible. Ça reste un gamin de seconde, qui a un culot grand comme le monde, envers son prof mais aussi envers Esther. Avec son sourire en coin chelou, il me fait un peu flipper même s’il reste un narrateur génial.

C’est sur lui que va alors reposer tout le twist final, qui m’a un peu dérangé. Alors autant j’ai été surpris, mais de dire que c’était la meilleure fin possible, j’en suis loin de la croire. Sans trop en dire, deux personnages n’ayant eu aucune interaction de tout le film vont se retrouver et j’ai été…perplexe devant le résultat. Mouais, ok, si tu veux, c’est dommage car ça vient un peu diminuer toute la cohérence du film. Je ne garde donc de ce film que la définition qu’il donne de la fin, et j’avoue que moi aussi sur cette critique, je n’ai pas été très inspiré !

Conclusion : 6,5/10

Une histoire intéressante mais qui a du mal à fonctionner sur la longueur et qui finit par perdre en crédibilité peu à peu.


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