Coup d’un Soir – Comment c’est loin (2015)

Affiche

Comment c’est loin

Je ne veux pas travailler, je ne veux pas m’épuiser

De Orelsan et Christophe Offenstein, Avec Orelsan, Gringe – 2015


Je pensais être complètement biaisé lorsque j’allais écrire cet article. D’une subjectivité équivalente au niveau de compétence artistique de Kev Adams (c’est-à-dire : zéro). J’adore à un niveau incommensurable Orelsan et je vénère le groupe qu’il forme avec Gringe, les Casseurs Flowters (référence aux méchants complètement stupides de Maman j’ai raté l’avion !) Si tu les connais pas, ce sont deux rappeurs français avec un talent monstre et qui disent des choses compréhensibles dans leurs textes. Comme quoi, ça existe. Bref, ils se sont rencontrés dans les années 2000, ont sortis un premier album bien coooooooooooool en 2013 et t’as pu aussi les voir depuis sur Canal + (quand c’était pas encore tout pourri) dans la mini-série Bloqués. Puis voilà qu’en 2015, Orelsan décide de passer au niveau supérieur et de raconter leur histoire – enfin plutôt une petite partie de leur vie s’ils n’avaient pas foutus grand-chose – à travers cette autofiction. Pour un premier film, sans comédiens de formation, j’dois dire que c’est carrément pas mal (comme quoi en vrai, y’a du boulot investi là-dedans) mais pas un peu moins bien que ce que j’espérais. Explication.

Orelsan (lui-même) et Gringe (lui aussi), deux jeunes rappeurs trentenaires de Caen, plus enclin à aller visiter les camionnettes des péripatéticiennes que de se mettre réellement à bosser sont dans la merde : ils doivent pondre une chanson pour dans 24h, sinon leurs producteurs les lâchent. Ah oui et, détail, ça fait 5 ans qu’ils n’ont pas finis un seul morceau !

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C’est clairement le portrait de la loose. Le film démarre avec un tournage de clip à la caméra vidéo (qui finit dans le jus d’orange), dans l’hôtel où Orelsan bosse la nuit en tant que réceptionniste. Enfin, est censé bosser dans ce cas et lorsque sa garde se termine, va récupérer avec une bonne flasque de Jägermeister. L’éloge de la procrastination, où on a toujours quelque chose de mieux à faire, aller au centre commercial, traîner dans les bars, voler les vélos de la ville pour faire 300 mètres mais tout sauf bien évidemment bosser. À tel point, que « Taffer, c’est pas un job pour moi » va dire Gringe. On arrête plus le progrès ! Bon sauf que là, ça atteint un point où c’est plus possible pour leurs producteurs qui les soutiennent depuis cinq ans sans avoir aucun retour sur investissement…il aurait p’tet fallu gueuler un peu avant les mecs, non vous croyez-pas ? Voilà donc enfin l’ultimatum posé sur la table, 24h pour écrire une chanson « qui parle à tout le monde » …et qu’est qui parle à tout le monde ? « Ben y’a un fou dans le centre-ville qui parle à tout le monde ! »

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Bon ben apparemment ça les fait pas rire…

C’est le genre d’humour auquel on a droit, le même humour qu’on retrouve dans leurs textes et que je trouve toujours justes et percutants, comme s’ils avaient été écrits pour moi. Je m’avance un peu beaucoup, disons plutôt à ma génération où il n’a jamais été aussi facile de tout remettre au lendemain, au détour de Facebook, Instagram et autres bouffeurs de temps. Enfin, dans leur cas c’est plutôt penché sur le cul, les putes et l’alcool. Le film a été l’occasion pour eux de sortir un deuxième (et apparemment dernier) album, à savoir la bande originale de Comment c’est loin. Un film de rappeur sans musique, ça aurait été un peu comme Harry Potter sans baguette magique, beaucoup moins crédible.

L’album contient à ce sujet beaucoup plus de titres que ceux que l’on peut entendre dans le film mais ceux qui y sont justement utilisés, sont pour moi les meilleurs. « Si facile », ode ultra-mélancolique sur l’abandon de ses rêves et les découragements que l’on peut subir ; la géniale « À l’heure où je me couche » qui relate tout cet esprit de ne rien vouloir faire et d’attendre lamentablement ; mais aussi des chansons qui au contraire, poussent à vouloir tout péter pour réussir comme l’incroyable « Inachevés » qui me fout les poils à chaque fois que je l’entends ; ou enfin « J’essaye, j’essaye », duo magnifique entre Orelsan et sa grand-mère Jeannine, oui, sa vraie grand-mère !

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Parce que ce film, c’est avant tout une aventure de potes où tous ceux qui bossent avec eux jouent leurs propres rôles : les producteurs, les amis de Caen, sa grand-mère donc et son frère. Toute la mifa !!!(je fais le jeune mais en vrai je le suis pas (je sais c’est la honte)). Seul problème, qui au final n’en est pas un, aucun n’est comédien professionnel. C’est eux, au naturel, pas de mise en scène extravagante ou d’envie de vouloir en faire trop, ils sont normaux et c’est très bien rendu à l’écran. Après nous avoir bien fait marrer avec leurs conneries pendant une grande partie du film (je retiens le coup de l’Ice Tea chauffé au micro-onde pour faire du thé…), j’avoue que j’ai été plus perplexe lorsque je les vois persévérer à ne rien faire de concret.

146190.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxÉvidemment, celles qui payent les pots cassés là-dedans c’est leurs copines. Il leur faut bien du courage pour supporter leurs comportements de gamins attardés je trouve ! D’où ce sentiment, où je me dis que ça semble quand même difficile à croire qu’autant de monde (famille, producteurs…) aient pu soutenir ces deux glandeurs/manipulateurs/arnaqueurs comme si de rien n’était pendant si longtemps. Il y a quelques scènes un peu décousues où le film ne sait pas trop où aller, notamment tout ce qui va se passer au bar qui ne sert pas vraiment à grand-chose. De même, le passage obligé de la dispute de couple (celui d’Orelsan et Gringe), pas vraiment crédible non plus, ne sert qu’à lancer la dernière partie du film. Là encore, tout est un petit peu simple je trouve, car d’un coup d’un seul après n’avoir rien foutu pendant les ¾ du film, les mots, l’inspiration et le flow arrivent très (et trop) vite.

Honnêtement j’aurais bien rajouté quelques minutes pour mettre tout ça en ordre et rendre le tout plus abouti. Mais allez, je suis indulgent, j’me dis que ça reste un premier film et pour déjà en arriver là au niveau de la réalisation, des acteurs et surtout de la musique, il en a fallu du boulot. Au contraire de bonne daube à la française comme on sait bien en faire, ce film est loin d’être Inachevé.

Conclusion : 8/10

Malgré quelques petits problèmes de construction sur la fin, j’aime beaucoup ce premier film, très modeste et avec du très bon son !

 


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