Plan Culte – Cyrano de Bergerac (1990)

Affiche

Cyrano de Bergerac

Comme un roc

De Jean-Paul Rappeneau, Avec Gérard Depardieu, Anne Brochet, Vincent Pérez – 1990


« Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, — ou faire un vers. »

Je m’attaque aujourd’hui au mythe incarné par le mythe, au monstre sacré du théâtre joué par le monstre sacré du cinéma, je nomme en un mot comme en cent : Cyrano. Je ne vais pas avoir la prétention de faire quelques vers moi aussi, j’avoue que j’ai hésité mais j’ai préféré en recopier quelques passages pour t’en faire profiter. Je crois qu’avec ce film, j’atteins le minimum d’objectivité possible, ça en devient ingérable. En même temps, comment ne pas aimer les vers d’Edmond Rostand ? Comment ne pas être impressionné devant Gérard Depardieu ? Impossible ! Je ne sais pas si le livre est encore enseigné à l’école ; je me souviens personnellement l’avoir étudié je pense en classe de 4ème et, après s’être amusé à décortiquer l’œuvre et à nous improviser nous aussi poète en écrivant quelques lignes supplémentaires à la tirade du nez, le prof (Mister Bazin big up) nous avait passé ce film en classe. Dix ans après, je m’y replonge avec le même plaisir, sinon plus, parce que j’ai l’impression d’être un peu plus intelligent (pas beaucoup non plus) que lors de ce premier visionnage. Deux heures de voyage au pays de la poésie et de l’amour, c’est beau, c’est génial, c’est du Cyrano. Explication.

Cyrano Savinien Hercule de Bergerac (Gérard Depardieu), est un homme au grand nez. Trop grand pour lui, qui le rend laid, et qui l’empêche de se déclarer pour sa jeune et très belle cousine, Roxane (Anne Brochet). De toute façon, Roxane est amoureuse, oui, mais de Christian (Vincent Pérez), lui aussi jeune et beau. Cependant, Christian est un sot sans esprit alors que Roxane ne vit que pour les mots et la poésie ! Cyrano, pour réconcilier les cœurs, va se alors se faire passer pour ce dernier afin de séduire Roxane…

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Voilà ! Tout est dit ! Cyrano, qui est laid, aime Roxane mais Roxane aime Christian, qui est beau. Christian, qui est sot, aime Roxane mais Roxane aime les beaux discours de Cyrano. Un triangle amoureux tellement tragique et lyrique, qui écrase littéralement tout ce qui a été fait et sera fait au théâtre. C’est la meilleure chose qui soit jamais arrivée à l’Histoire de la culture, merci, au revoir, j’en ai terminé ici ! 

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… Bien des choses en somme. »

Vraiment ? On peut en dire plus ? Très bien, je vais essayer de dire pourquoi j’aime tant ce film. Ça en revient presque à me demander d’expliquer pourquoi j’aime le chocolat. Ou la raclette. Ou la raclette au chocolat (j’te jure, essaye un jour). Regarder Cyrano de Bergerac, c’est comme faire Space Moutain ou être passager quand je suis au volant (ahah), mais au lieu de te retourner l’estomac, on te retourne le cœur et le cerveau.

Dès le début du film, on s’amuse beaucoup en découvrant ce personnage qui gueule (et il sait gueuler) dans ce théâtre bondé où il refuse que se produise un comédien, selon lui le plus mauvais du monde. Les vers dansent et les rimes ricochent, « Gros Homme, si tu joues, je vais être obligé de te fesser les joues ! » et moi ça me fait kiffer des rimes bien pesées. Il est surtout impressionnant notre Gégé, d’une colère monstre capable de tout détruire sur son passage et s’imposant en à peine quelques répliques. Puis, voilà enfin après seulement 15 minutes, le plus célèbre passage de la littérature… :

« Descriptif :  » C’est un roc ! …c’est un pic ! …c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? …c’est une péninsule ! «  »

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Si c’est pas de l’intro ça. En vingt minutes, voilà le génie de Rostand étalé sur la table nous disant que c’est juste le début. Comment ne pas être emporté ! Depardieu, qui gueule toujours aussi bien, traverse la foule comme Moïse, se plante devant chacun, avec ses grands yeux et ses grosses mains, impressionnant. Après la danse classique, voilà un autre genre. C’est de la danse rythmique tac, tac, tac, tac, douze pieds précis et saccadé pour décrire un nez. On tourne autour de lui, on est emporté dans ses trouvailles toutes plus géniales les unes que les autres et dont les rimes forment une très jolie musique à l’oreille. Péninsule et capsule, ciseaux et oiseaux, magistral et mistral, ça n’arrête jamais ! Moi ça m’emporte, et ça m’emporte encore plus lorsqu’enfin, la confrontation entre Cyrano et le prétentieux marquis intervient. En plus d’être beau, ça en devient drôle, la foule applaudit, on a qu’une envie c’est d’applaudir avec eux tellement chaque réplique fait mouche…pourquoi Cyrano ?

« Je vous préviens, cher Mirmydon,
Qu’à la fin de l’envoi, je touche ! »

Cyrano poète, Cyrano bretteur, mais surtout Cyrano amoureux de la diaphane Roxane. L’histoire d’amour impossible, selon lui, à cause de…son nez. Mais arrête mec, j’le trouve pas si terrible que ça moi ton nez ! Pourquoi est-ce que tu dis cela ?

« Il m’interdit le rêve d’être aimé même par une laide,
Ce nez qui d’un quart d’heure en tous lieux me précède
Regarde-moi, mon cher, et dis quelle espérance
Pourrait bien me laisser cette protubérance ! »

Ah oui carrément…non mais relativise un peu, quand tu vois que Sean Penn a fini avec Charlize Theron, tout est possible ! Et puis t’aurais pu la ken ta cousine (j’avoue que le coup de l’inceste cousinal je m’y fais toujours pas) si elle avait pas été si obnubilé par son beau Christian. Christian, Christian, Christian…enfin voilà l’élément déclencheur du drame. Dans la sublime pâtisserie de Ragueneau, pleine à craquer de gâteaux, de choux et de pâtés (ça me fait toujours autant rire quand les gamins arrivent pour demander trois pâtés, on peut nous parler d’Aristophane, de Pyrame ou Vénus puis voilà que d’un coup, arrive le mot le MOINS SEXY du monde : P-Â-T-É. Je te défie de me faire rêver avec du pâté (je dri-graisse (ahah (je ferme ces parenthèses)))), se déroule la scène de l’aveu de l’amour de Roxane.

Tout ce que j’arrive à penser quand je les vois tous les deux, c’est mais bon dieuuuuuuuuuuu elle est trop beeeeeeeeeeeeeelle Anne Brochet. Enfin, était (encore que, elle a l’air de toujours avoir ce sourire incroyable). On ne voit qu’elle, sa peau blanche, ses grands yeux, ses cheveux roux, et sa voix d’une douceur, qui ne dit pas les mots mais les chante ! C’est un duo qu’ils forment avec Cyrano, comme Céline et Garou (sous le veeeeeeeeeeeeeent !) et c’est encore plus vrai lors de la mythique scène du balcon. Arf, j’en pleure de bonheur à ce moment.

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Un moment de grâce (Léa Salamé big up), « J’aperçois la blancheur d’une robe d’été / Moi je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté ! », lui caché en contrebas sous son feutre, elle là-haut éclairée par la lune, la belle et la bête avec au milieu entre les deux, le beau qui ne pense qu’à réclamer son baiser. Il en faut toujours un pour tout gâcher. En vrai moi aussi je l’attends ce baiser, la consécration de cet amour et surtout le point d’orgue final à leurs échanges. Car après tout, un baiser n’est-ce pas :

 « Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui se veut confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ? »

Pour y arriver à ce fameux balcon, Cyrano va se faire passer pour Christian pour séduire Roxane, non plus avec sa beauté, mais avec ce qu’il est capable de lui raconter, chose qu’il résume avec cette phrase magnifique :

« Veux-tu me compléter et que je te complète ?
Tu marcheras, j’irai dans l’ombre à ton côté,
Je serai ton esprit, tu seras ma beauté. »

Une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde avant l’heure, mais au lieu de massacrer les gens il se contente de les séduire (pas plus mal si tu veux mon avis). Cette séduction passe par des dizaines, des centaines de lettres que Cyrano écrit à Roxane et c’est là où le cinéma arrive, en les montrant qui s’amoncellent et font vaciller Roxane, là où Rostand ne pouvait passer la porte de sa chambre. Et le cinéma est là aussi, avec ses costumes, ses décors et sa musique toujours plus impressionnant. Que ce soit les robes immenses de Roxanne, l’énorme scène de bataille finale ou ces airs envoûtants au possible, je me dis que pour l’époque c’était quand même un film de dingue. Pas étonnant après qu’il ait absolument tout raflé (mais TOUT !) aux Césars et autres cérémonies.

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Lorsqu’enfin arrive le dernier acte, j’avoue que je suis épuisé par les deux heures intenses que je viens de vivre. Et dire que le plus dur reste à venir. Enfin, tout est dit, enfin, tout est révélé.

« Pendant que je restais en bas dans l’ombre noire
D’autres montaient cueillir le baiser de la gloire. »

Une dernière lutte pour ce « Philosophe, physicien, rimeur, bretteur, musicien » contre la mort, lutte vaine mais, « On ne se bat pas dans l’espoir du succès, non, c’est bien plus beau quand c’est inutile. » C’est beau, magnifique, incroyable, splendide et sous la lune argentée, tout le monde est réuni autour de Cyrano pour ses derniers mots. Plus besoin de dire grand-chose après tout ce tralala. Seulement regarder les larmes qui coulent de mes joues formant plein de tâches, lorsqu’enfin, est prononcé le mot « panache ».

Conclusion : Arf, c’est sympa…non j’déconne c’est incroyable, le grand huit émotionnel avec un texte superbement travaillé sublimé par des acteurs gigantesques !


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