Plan Culte – Black Swan (2011)

Affiche

Black Swan

Il suffira d’un cygne

De Darren Aronofsky, Avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis – 2011


Pour ce premier film, je n’ai pas hésité longtemps. À un moment dans ma vie, j’ai eu un déclic, c’est con à dire mais c’est comme ça. LE premier film qui m’a donné envie d’en voir plein d’autre, le premier film qui m’a vraiment pris aux tripes sans que je m’y attende, le premier film que j’ai viscéralement adoré et que j’adore toujours, c’est celui-ci. J’ai pris le temps de me replonger dedans, en essayant d’oublier mes a priori peu objectifs, pour essayer de revivre ce dépucelage cinématographique (avoue, ça commence bien jusque-là, non ?). Dans ma tête me restaient deux images fortes, impossibles à oublier, une scène entre Natalie Portman et Mila Kunis (qui n’a jamais aussi bien portée son nom (je te laisse deviner la suite)) et la fin, cette fin, quelle fin, horrible, formidable, géniale, immense, folle, incroyable, magnifique, tragique, parfaite. Je viens de vider tout le dictionnaire des synonymes. Tout ça pour que toi aussi, peut-être, tu en viennes à aimer ce Black Swan comme je l’ai aimé. Explication.

Nina Sayers (Natalie Portman) est une danseuse étoile du New York City Ballet. Pour l’ouverture de la saison, le directeur Thomas Leroy (Vincent Cassel) a choisi le Lac des Cygnes. Nina est prête à tout pour décrocher le rôle mythique du Cygne Blanc et du Cygne Noir, mais elle va se retrouver confrontée à la nouvelle recrue Lily (Mila Kunis) …

Image 3

Je ne sais plus vraiment quand j’ai vu ce film ; j’ai juste le souvenir de moi, seul sur le canapé devant la télé, le son à fond pour que la musique du ballet envahisse complètement la pièce, avec mes yeux rivés sur l’écran et mes poils entièrement dressés sur mes bras. La sensation de dingue, d’ivresse sonore et visuelle, le souffle court et le cœur qui bat à mille à l’heure. Bref, une première claque.

Je me suis remis dans la même situation il y a quelques temps. Premier constat, cette musique me fait toujours le même effet. La douceur des flûtes, des clarinettes et des hautbois qui chantent la passion du cygne blanc, puis les cors et les trompettes qui grondent la séduction du cygne noir, pour enfin finir avec les cymbales et les grosses caisses dans ce dernier acte de souffrance et de désespoir. C’est sublime (ah, celui-là je l’avais pas encore dit !), tout simplement, et ça reste dans la tête pendant des heures et des jours. À chaque fois que je l’entends, mes mains se mettent à danser comme Natalie Portman, ça me porte et m’emporte et c’est peut-être bien grâce à ça que j’ai autant aimé le film. Parce que s’il y a bien un truc que je trouve chiant dans la vie, c’est bien la danse !

Allez bam, c’est fait ! Je vais le dire maintenant que j’en ai l’occasion, mais qu’est que c’est nul la danse ! Alors je t’arrête tout de suite, oui j’adore danser MAIS je déteste devoir regarder d’autres gens danser, surtout des danses 1, 2, 3 et 4 et 6 et 8 et on jette ! Qu’on lance sur le bûcher l’inventeur de la salsa et du mambo, que l’on foute en prison tous ceux qui dansent la valse et pour finir par pitié, que l’on arrête tous d’être obsédé avec la zumba ! À quoi ça sert ? Non mais sérieusement à quoi ça sert ?? J’me fais chier quand je dois en regarder et surtout, je suis le dernier des derniers quand il faut faire trois pas coordonnés. Ce qui explique peut-être pourquoi je déteste tellement ça.

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En même temps c’est méga compliqué de compter en même temps qu’il faut marcher, tourner, bouger les bras et les pieds ! Bon je m’arrête là, je crois que t’as compris l’idée. Et pour finir par être en total désaccord avec moi-même, je dois dire que dans ce film, j’ai adoré toutes les scènes de danses. Oui, tout ça pour ça ! Là c’est vraiment beau, gracieux comme c’est supposé l’être et la façon dont la caméra filme de très près ces mouvements fluides, nous entraînant dans le tourbillon des pirouettes, c’est juste enivrant et jouissif.

Ce qu’on voit, en plus de ces moments capturés à l’épaule, ce sont les gros plans et les détails montrant finalement combien ce qu’elles font est dur. J’ai eu mal mais tellement de fois pour Natalie Portman qui est ahurissante (encore un !) dans ce rôle qu’elle maîtrise à la perfection (on en revient souvent à la perfection dans ce film) en ballerine. Je n’imagine même pas le travail de fou qu’il lui a fallu pour arriver à un niveau pareil (en vrai si je sais je viens de le lire, c’est 5h de travail par jour, tous les jours pendant dix mois…c’est long). Quand je vois ces pauvres pieds meurtris dans ces ballerines, les ongles en sang, les dos courbés, les pointes tendues…tout est tension dans ces corps et dans le film. Et j’en suis tout ankylosé par procuration.

Image 2

Celui-ci, en plus d’être un film sur la danse, est un vrai thriller avec au centre le personnage complètement schizophrène de Nina qui, de même qu’elle oscille entre ses rôles du cygne noir et du cygne blanc, oscille entre réalité et paranoïa. Je me rends compte que j’ai même pas pitché l’histoire du Lac des Cygnes.

En rapidos si tu connais pas, c’est l’histoire d’une meuf qui vit à la sauce Shrek, sauf qu’elle, au lieu d’être une ogresse la nuit ben c’est un cygne. Et tout comme dans Shrek, il lui faut un prince pour la libérer de ce sortilège (si tu veux mon avis Tchaïkovski a tout piqué à Dreamworks). Un jour donc, passe par là le beau prince Siegfried (tout de suite moins sexy) qui en tombe éperdument amoureux et lui jure amour, fidélité, et de lui faire trois petits canetons. Mais (parce qu’il y a toujours un mais) le méchant sorcier qui a ensorcelé la pauvre Odette (ah oui, elle s’appelle Odette notre canette, sexytude du jour bonjour) il veut pas qu’elle soit tirée d’affaire si rapidement ! Pourquoi ? Ben parce qu’il est méchant. C’est une assez bonne raison en soi. Et voilà qu’en doux coups de baguettes, il envoie au prince un cygne noir, Odile la coquine (décidément) à qui il donne l’apparence d’Odette pour venir faire du gringue au bon prince. Qui va évidemment lui sauter dessus, parce qu’il est pas non plus hyper fute-fute. Et Odette, tout en modération, se laisse mourir de chagrin. Fin.

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Voilà, en relisant ce résumé, je me dis que ça en valait bien la peine. Pour en revenir à nos piafs, Nina doit endosser à la fois le rôle d’Odette, et d’Odile. D’un côté, la grâce, la douceur, des gestes maîtrisés et précisément chorégraphiés. De l’autre, une part animale, presque sauvage, ou le naturel prend le pas sur la précision afin de séduire le prince, et le public. Timide et réservée, Nina est la parfaite copie du cygne blanc et ça Thomas en est conscient. Ce qu’il veut, c’est qu’elle se lâche, qu’elle s’abandonne et arrête de s’excuser pour tout, de chuchoter, de se rabaisser pour, au contraire, s’affirmer face aux autres. Ce qu’il fait pour la libérer, ben c’est à moitié de la torture (il lui fait regarder Aladin avec Kev Adams) et de l’autre du bon gros harcèlement sexuel de base (et on se doute que Nina n’est pas la première à être passée par là).

À mon avis, il suffit de ça chez Nina pour commencer le processus de cette crise d’identité complète qu’elle va traverser au cours du film. Parce qu’elle va plutôt bien au départ non ? Bon, j’avoue qu’elle vit encore avec sa mère à 28 ans dans un appart franchement glauque plein de dessins chelous de visages horriblement tristes que sa daronne peint sur son temps libre, tandis que sa chambre à elle est toute rose bonbon avec douze mille peluches ÉNORMES. Excepté ce syndrome de Tanguette (Tanguy pour les meufs), une mère ultra-possessive qui a dû abandonner sa carrière de…danseuse (avoue tu l’as vu venir) pour s’occuper de sa fille, et de quelques griffures qu’elle s’inflige dans le dos, elle semble plutôt stable dans sa vie. Mais ce rôle, qu’elle veut absolument au fond d’elle sans oser le demander, ce rôle c’est ce qui va la bouffer.

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L’étreinte étouffante (et inconsciente ?) de sa mère qui veut vivre sa vie de ballerine par procuration, l’exigence tyrannique de Thomas et, enfin, la concurrence de Lily, la belle nouvelle danseuse, ce triumvirat de pressions va commencer à lui faire imaginer et voir des choses (juste le début des emmerdes quand c’est comme ça). Au fond, ils essayent de l’aider mais pas toujours de la bonne manière, ou en tout cas pas pour une personne aussi fragile que Nina.

Cependant, cela reste peut-être le seul moyen d’obtenir ce que cette dernière veut réellement, c’est-à-dire être parfaite pour le grand final. À coups de tutus elle va franchir tous ces murs et s’envoler aussi bien littéralement que figurativement dans une scène à couper le souffle et à faire dresser les poils. J’en ai déjà dit quelques mots et je n’en dirai pas beaucoup plus. Comme à la fin d’un très bon feu d’artifice, toutes les fusées sont lancées et sur scène éclate dans une transformation quasi-surréaliste, un orage de beauté. Juste en un mot, une fin…parfaite.

Conclusion : Le film que je ne me lasserai jamais de revoir et dont je ne peux dire que du bien, d’une virtuosité impeccable et d’une ivresse géniale.


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